Ah le X ! ça s’apparente à de l’humour mais…..

Le X quand ça les tient !
par :
Kabyles.net
d’après : Le Soir d’Algérie

L’Arabie saoudite ne possède pas que des théologiens obtus et des émirs libertins qui butinent ou lutinent entre les prières surérogatoires. Le royaume a aussi ses princes qui taquinent, sans aller trop loin, la muse des poètes, il y en a même qui ont composé des chansons à succès. Rares, cependant, sont les émirs qui sortent du rang pour pourfendre la bêtise et tourner en dérision des institutions de l’Etat que de simples citoyens ne rêvent même pas de chatouiller.

C’est le cas de la fameuse ligue qui se consacre à combattre le vice et à promouvoir la vertu, selon des méthodes rugueuses et parfois expéditives. La presse saoudienne a souvent fait état des dérapages de l’institution mais il faut être au moins prince pour oser tourner en dérision les avis autorisés de la sacro-sainte ligue. C’est ainsi qu’un ami m’a fait parvenir, comme preuve que les Wahhabites aussi ont de l’humour, un billet publié par le quotidien saoudien El- Madina. Ce billet, intitulé « La guerre des croisades », est la preuve par l’émir que si la bêtise a encore de beaux jours devant elle, elle a aussi son remède ou son antidote, la dérision. C’est le prince Omar Mohamed Al-Fayçal, par ailleurs industriel fortuné, qui raconte la mésaventure survenue à une de ses entreprises qui voulait obtenir l’agrément pour une de ses marques. L’entreprise adresse donc au ministère saoudien du Commerce une requête pour obtenir le label permettant de protéger son produit en tant que modèle déposé. Au bout d’une année, ce qui montre l’étendue de l’intérêt du ministère en question pour le sujet, l’entreprise reçoit un courrier lui signifiant un refus. Le rejet est motivé et fondé sur un avis défavorable de la ligue de défense de la vertu, etc. D’après l’exposé des motifs, le produit présenté, en arabe, comme programme de recherche, est traduit par le mot « explorer » en anglais. Et c’est là que se situe la source du problème, comme le précise notre distingué prince. En effet, dit-il, les éminents théologiens de la ligue — on se demande ce qu’ils viennent faire dans les labels commerciaux — ont noté que la traduction anglaise « explorer » comportait un « x ». Or, les membres de la ligue ont constaté que cet « x » avait la forme d’une croix et qu’il heurtait leurs sentiments de musulmans. Ils ont donc enjoint au ministère du commerce de rejeter l’enregistrement de la marque, et notre prince de commenter cet édit : « En vérité, je me dois de saluer chez les membres de l’organisme leur zèle évident à protéger cette religion contre l’intrusion de croyances nocives. Ce qui exposerait les musulmans de ce pays à de graves dangers dont ils ne mesurent même pas l’ampleur. Mais, fort heureusement, la vigilance des responsables de la ligue a permis, Dieu merci !, d’éviter une catastrophe dont nul n’aurait pu appréhender les conséquences. Je reconnais là que je n’ai pas fait attention à cette sage observation. Je considérais la lettre « x » dans la langue anglaise comme une simple lettre et non pas telle qu’elle m’apparaît maintenant. Grâce à la vigilance de l’organisme de promotion de la vertu et de prohibition du vice, je sais maintenant qu’il s’agit d’un complot infâme des chrétiens pour polluer, à notre insu, nos idées et nos croyances.
De ce fait, j’adresse mes plus vifs remerciements aux membres dévoués de l’organisme précité et je leur souhaite succès et réussite. Je voudrais aussi leur soumettre quelques modestes suggestions dont ils tiendront compte, je l’espère, dans leur combat implacable pour protéger notre sainte religion contre les intrusions destructrices. Ainsi, je voudrais que votre honorable institution ordonne aux ministères de l’Education et de l’Enseignement supérieur de proscrire les signes de l’addition et de la multiplication en mathématiques, qui sont en forme de croix. Pensez aux milliers d’étudiants et d’étudiants qui utilisent chaque jour ces symboles infâmes sans la moindre conscience du danger que ces croix représentent pour leur foi. Nous devons protéger nos garçons et nos filles contre ce danger, et il est possible de substituer à ces symboles infâmes des petits croissants de lune islamiques. De plus, je suggère que vous enjoigniez au ministère de l’Information d’interdire l’entrée de tous les livres ou revues écrits en caractères latins. Ceci, jusqu’à ce que soit substitué à la lettre « x » un petit croissant de lune élaboré par les soins des membres éclairés de l’institution. » Pour conclure, et afin que nul n’en ignore, l’émir utilise la formule consacrée : « Il n’y a de force et de puissance qu’en Dieu », à laquelle il ajoute celle qui accompagne toute bonne notice nécrologique : « A Dieu nous appartenons, à lui nous retournons. » Ce qui peut résumer toute la résignation d’un esprit ouvert face à la toute puissance de l’obscurantisme religieux. Mais là où ça devient franchement ubuesque, c’est lorsque vous consultez les commentaires accompagnant le billet. Vous trouvez alors cette contribution inédite du cheikh Mohamed Ibn Abdelatif Al-Cheikh, descendant de Mohamed Ibn Abdelwahab, le père fondateur du wahhabisme. Et c’est là que vous apprenez que dans le livre des fatwas du wahhabisme, il y a un texte qui définit clairement les spécifications d’une croix, donc les conditions de son interdiction. Nous ne sommes donc pas confrontés à une « innovation » de la « sainte ligue » de la vertu mais à une interprétation approximative d’un commandement (fatwa) bien réel. C’est aussi dans le rigorisme wahhabite qu’il faut rechercher les arguments de ceux qui déclenchent ces jours-ci une campagne contre les jeunes saoudiens qui s’habillent à l’occidentale. Les jeans et les teeshirts à la mode, portés surtout par des adolescents, sont ainsi impitoyablement pourchassés. Les contrevenants qui n’ont pas obtempéré à un premier avertissement de la police ou des agents de la vertu sont passibles de la prison ou de la flagellation. De plus, les magistrats de certaines villes ont décidé de ne plus accepter le témoignage de citoyens portant des vêtements « impudiques », c’est-à-dire conformes à ce qui se porte en Occident. Un juge a justifié cette initiative par le fait que ces tenues « portaient atteinte à la virilité » de l’homme, diminuant ainsi la validité de son témoignage. Il a ajouté que le fait de porter ces vêtements revenait à imiter les mécréants (Occidentaux) et à se comporter comme eux. Or, dit un de ces magistrats, l’Islam interdit d’imiter les non-croyants, ce qui rend caducs les témoignages de ceux qui s’habillent comme eux. Jusqu’ici, seul un confrère, Khalef Elharbi, a réagi dans le quotidien Okaz contre cette campagne anti-jeunes. « Les jeunes qui s’habillent ainsi ne font de mal à personne, dit-il, et je préfère ces adolescents à ces hommes en gandoura et coiffe qui volent ma voiture. Ces tenues ne sont pas aussi repoussantes pour moi que celles que portent certains adultes. Combien de fois avons-nous eu à subir le spectacle de ces hommes en pyjamas qui nous coupent l’appétit dans les restaurants ?, ajoute-t-il. Et ces hommes mûrs que vous voyez dans les aéroports et les centres commerciaux. Ils portent des gandouras transparentes qui laissent voir des vêtements courts. Et quand ils s’assoient, ils replient une jambe sur l’autre, comme pour démentir la théorie de Darwin sur la relation entre l’homme et le chimpanzé. Mais c’est en agissant ainsi qu’ils démontrent que l’homme est le plus proche parent du gorille. ».

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